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RESUME
Cuba, la Havane 1977 : un vendredi d’août, j’ai pris le chemin de l’exil. Ce film retracera l’expérience du retour dans mon village natal après trente années d’absence.
Voyage au cœur de l’utopie de la société sans classes au moment où Fidel Castro, malade, a officiellement cédé les rênes du pouvoir à son frère Raul, après 48 ans de pouvoir absolu à la tête de Cuba.
Je vais confronter ma mémoire aux oublis que l’exil m’a imposés, en mettant en relief les coulisses de l’âpre quotidien des cubains à l’heure du vieillissement patent de la génération qui a fait la révolution.
NOTE D'INTENTION
L’histoire de Cuba est indissociable de l’histoire de la canne à sucre. « Sans sucre, il n’y a pas de pays » était la devise que l’on nous inculquait à l’école. Les hommes de ma famille -mon arrière-grand-père, mon grand-père, mon père et même mon frère- travaillaient tous dans l’usine de sucre Preston - rebaptisée Central Guatemala après la révolution de 1959- construite en 1906 par la United Fruit Company et qui faisait partie du plus grand fief des Etats-Unis à Cuba.

Là où tant d’autres avaient échoué sur le continent américain, Fidel Castro réussit sa révolution et jetait les bases du premier état communiste d’Amérique. Et tout cela, paradoxalement, au moment même où une crise insurmontable rongeait tout le système et la pensée communiste mondiale. La révolution cubaine constituait le dernier souffle d’un projet de justice planétaire qui était né au début du XXe siècle.
J’avais 16 ans en 1960 lorsque je suis parti comme boursier pour La Havane. La révolution m’avait offert la possibilité de faire des études supérieures et d’intégrer l’élite intellectuelle de l’état marxiste cubain.
Pourtant, 17 ans plus tard, six mois après un séjour d’études en Union Soviétique, j’ai pris le chemin de l’exil. J’étais fonctionnaire dans un centre de planification urbaine et à l’occasion d’un voyage officiel en Thaïlande, je ne suis pas rentré à Cuba.
Aux yeux du régime je devenais un déserteur et un transfuge. C’était une des décennies les plus difficiles de la soi-disant guerre froide entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique. Cuba était un des pivots les plus sensibles de la confrontation entre les deux super puissances. Je laissais derrière moi mon pays, ma famille, mes amis et la révolution qui m’avaient libéré de la malédiction familiale du travail dans l’usine de sucre. Paradoxalement, le changement révolutionnaire qui m’avait permis de rompre avec le destin prolétaire de mes aïeux, m’a tout de même poussé vers l’exil.
Les circonstances qui ont rendu mon départ particulièrement déchirant sont diverses. D’abord, l’impossibilité de faire des adieux à quiconque pour des raisons plus qu’évidentes dans un état policier. Puis, la durée de mon absence, 30 ans, ensuite le caractère total de cette rupture. Je n’ai jamais voulu m’intégrer à la communauté cubaine en exil pour éviter de vivre dans le souvenir de ce régime qui m’avait poussé vers le déracinement. Je voulais faire valoir mes choix personnels.
Durant l’exil, les difficultés ont été doubles. D’un côté, les aléas de la survie, et les difficultés matérielles du quotidien, puis les péripéties pour contourner le manichéisme des débats politiques de l’époque. Mes amis de gauche considéraient que ma critique du régime cubain servait inévitablement la droite et l’impérialisme, tandis que ceux de droite, ne comprenaient pas pourquoi mes critiques sur les aberrations de l’état totalitaire communiste se projetaient au-delà du marxisme pour questionner la société de consommation capitaliste.

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