L'ÂME DES LUTTEURS

Documentaire de 52 mn
de

Matthieu CHAZAL

RESUME

Au Sénégal, la lutte est le sport national, plus populaire encore que le football.

Dans le Sine Saloum, les jeunes hommes, à qui les dieux ont donnés force et courage, pratiquent la lutte traditionnelle. Ils s’affrontent lors de tournois nocturnes pour gagner des zébus mais surtout pour asseoir l’honneur de leur clan.

Dans les banlieues de Dakar, les jeunes lutteurs pratiquent une forme plus violente de cette discipline : la lutte avec frappe à poings nus. Maintenant que le professionnalisme, les spectateurs et les médias ont envahi les arènes de la capitale, les lutteurs urbains ne combattent plus pour l’honneur, mais pour la gloire et l’argent.

 




SYNOPSIS

Aliou est le champion de lutte traditionnelle de son village, Mar Lodj, perdu sur une île dans la région du Siné Saloum. Il songe à monter à Dakar pour y combattre car, là-bas, les lutteurs peuvent devenir riches et célèbres.

Là-bas, à Guédiawaye, dans la banlieue de Dakar, une des futures stars de la lutte avec frappe s’appelle Balla Gaye n°2. Avant son « Grand Combat », qui pourrait lui rapporter plusieurs de millions de francs CFA, il part avec deux membres de son équipe dans le village de Mar Lodj pour y parfaire sa préparation.

Les lutteurs de Dakar se frottent à Aliou et aux lutteurs de la brousse et tous participent à un tournoi de lutte traditionnelle . A l’issu du tournoi, Aliou accompagne Balla Gaye n°2 à Dakar pour assister au « Grand Combat ».

A travers le prisme de la lutte, le film « L’Ame des Lutteurs » met en scène l’opposition entre l’Afrique des villes et celle des villages.

 




NOTE D'INTENTION

Le film « L’Ame des Lutteurs » est un film documentaire de découverte. Celle d’une discipline populaire et spectaculaire. Mais il éclaire aussi, à travers cette discipline, un processus qui est en train de s’opérer au Sénégal : la société se modernise et emprunte à la culture occidentale de nombreux codes. La compétition et l’argent prennent le pas -à Dakar pour l’instant- sur les valeurs traditionnelles que sont l’honneur et la bravoure.

En proposant le portrait croisé de deux groupes de lutteurs, les uns lutteurs traditionnels, les autres professionnels, et de leur champion respectif, le film dessine un Sénégal au visage double : l’un enraciné dans ses traditions ancestrales et fragiles, et l’autre en quête de modernité, emprunt de culture urbaine occidentale.

Les personnages

C’est à travers le parcours de trois personnages majeurs - trois lutteurs aux destinées bien différentes - que le film va esquisser ce contraste entre la ville et la brousse.

 

Aliou, le lutteur traditionnel  

Aliou Konté est le champion de lutte traditionnelle et l’idole de son île natale, Mar Lodj, perdue sur les rives du fleuve Saloum. Il est d’ethnie sérère donc lutteur. Si les dieux lui ont donné force et beauté, c’est pour représenter au combat les valeurs de son village. Mais à force de gagner des zébus dans des tournois alentours, Aliou rêve de « monter » à la capitale et d’y montrer ses talents de lutteur.

Car là-bas, les grands lutteurs sont riches et célèbres. Aliou se laissera-t-il éblouir par les néons de la ville et ses promesses de fortune ?

Balla Gaye n°2, la future star
de la lutte avec frappe
 

Le colossal Balla Gaye n°2, leader d’une équipe de lutteurs de Dakar, possède toutes les qualités d’une future star de lutte avec frappe. Sa force, son courage, ses efforts et le talent en héritage le mène vers une gloire qui semble inéluctable. Il s’apprête à livrer son dixième combat en direct à la télévision. L’enjeu : une dizaine de millions de francs CFA, une véritable fortune au Sénégal.

Si à 20 ans, Balla Gaye n°2 est déjà l’idole de tout un quartier, il doit combattre l’ombre de son père (ancien lutteur), qui rôde en marge des arènes et dont les combats légendaires sont encore gravés dans toutes les mémoires.

Pour préparer ce champion, l’équipe de Balla Gaye n°2 compte une quinzaine de lutteurs. Parmi eux, Ibou, lutteur de second plan, qui ne sera jamais ni riche ni célèbre. L’ascension fulgurante de Balla Gaye n°2 génère chez Ibou l’admiration tout autant que la frustration et la jalousie. Durant l’entraînement dans un gymnase défraîchi, il exprime sur la pratique de la lutte ses désirs et ses espoirs, mais aussi ses désillusions, déjà scellées. Mais être sparring-partner d’un futur champion est, pour ce jeune homme des quartiers défavorisés de Dakar, l’une des rares opportunités de survivre.

 

 

Le rythme du film s’adapte aux environnements

Le rythme du film adopte la cadence qu’imposent les environnements dans lesquels évoluent les deux groupes de lutteurs. Ces rythmes, résolument différents, apportent des éléments d’informations marquants sur le contraste qu’il existe entre la brousse et la ville.

A Mar Lodj, la caméra capte les palabres au marché, les retours de pêche, le va-et-vient des pirogues sur le fleuve, les travaux des champs, la messe au tam-tam du dimanche, les enfants qui luttent au bord du fleuve, les zébus qui pâturent, les couchers de soleil sur la mangrove…

Le micro suspend le son de la brousse : le chant des oiseaux et, le soir, les hurlements des hyènes. La nuit tombé, l’île est épargnée de tout bruit mécanique, car aucun engin motorisé ne circule sur ses terres…

La caméra, posée sur trépied, capte lors de plans fixes, la quiétude qui règne sur l’île de Mar Lodj.

A Dakar, la caméra capture l’animation des faubourgs, les femmes agglutinées autour d’une borne-fontaine, le désordre d’une gare routière, les « banas-banas » (vendeurs de rues), le marché coloré de Sandaga, les Talibe (élèves coraniques) qui demandent la charité…

Le micro saisit le vacarme de Dakar, de ses quartiers, de ses boulevards. Il saisit également le rap de Daara J et de TBM que crachent les transistors…

A Dakar, la caméra est portée à l’épaule, mobile et subjective, pour accompagner l’agitation de la ville et y transporter le spectateur.

Les caractères se dévoilent à l’entraînement

 

Le documentaire est le témoin discret du voyage initiatique de trois protagonistes majeurs.

Sur les rives du fleuve en brousse ou dans l’univers clos d’une salle de musculation en banlieue de Dakar, pendant et après de longues séances d’entraînement, les caractères se dévoilent, les sentiments émergent du groupe et des individus. Les lutteurs expriment leurs ambitions, leurs espérances et leurs craintes, qui vont bien au-delà que la simple performance athlétique. C’est au bout de l’effort que les lutteurs se livrent, et c’est dans ces moments là que la caméra suspend les valeurs de chacun ainsi que des morceaux de vie intime.

Le film exclue les explications formelles dites par un spécialiste, les commentaires, les exposés. Les explications viendront des lutteurs eux-mêmes, lors des entraînements, puis à travers la confrontation des deux groupes de lutteurs, lors des passerelles dressées entre les deux univers. Ils apportent sur leur pratique sportive et sur les valeurs qui les animent des propos qui s’affrontent, se contredisent, se complètent.

Les combats

Les scènes de combat constituent la trame du film. La pratique différente d’une même discipline illustre encore une fois cette opposition, cette confrontation entre le Sénégal des villes et celui des villages.

Lors d’un tournoi nocturne en brousse, griots, marabouts et femmes poétesses célèbrent la beauté des corps et la grâce du geste des «élancés au tronc de basalte» comme disait le poète-président Sédar Senghor. L’étrange et exubérante préparation mystique qui précèdent les combats donne au film une couleur onirique.

En ville, les combats sont brutaux, les mots des poétesses agressifs et les tam-tams couplés de rythmes rap.

Le « Grand Combat » de Balla Gaye n°2 constitue le dénouement du film. L’équipe Balla Gaye au grand complet, le père du combattant et Aliou le broussard se retrouvent dans les arènes Iba Mar Diop. Durant les minutes qui précèdent le combat, la caméra s’attardera, en gros plans, sur les visages crispés, les regards aux aguets, la peur ou la détermination qui accompagne les combattants. Des plans d’ensemble tenteront d’extraire l’effervescence, faite de tensions et de relâchement, qui règne autour des arènes.

L’affrontement contient alors quelques ingrédients du drame: peur, espoirs, désillusions, gloire, humiliation.

Les arènes, lieux sacrés où se nouent le destin des combattants, révèlent l’instinct de survie de l’homme, ses rêves de succès par ses seules forces physiques et morales ; l’âme des lutteurs.

 



 

Matthieu CHAZAL


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