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RESUME
Chaque année 7 000 français de souche se convertissent à l’islam. Parmi ces convertis, des sportifs de haut niveau, des artistes reconnus, des philosophes, des officiers, des chefs d'entreprise, des ingénieurs, des universitaires, des chômeurs… et beaucoup de jeunes des cités en recherche de repères. A cheval entre deux cultures, ces convertis préfigurent ce que sera l’islam de France, dans quelques années.
NOTE D’INTENTION
En trois décennies, un fossé s’est creusé entre l’opinion française et l’islam. Une peur diffuse s’est emparée des esprits. On s’interroge gravement sur la compatibilité entre l’islam et les valeurs de la République. Certains parlent de « guerre de civilisations »… Pourtant, il est des signes qui ne trompent pas. A chaque fois que les « Bleus » entrent sur le terrain, une partie des joueurs invoque Allah pour le bon déroulement du match. Evidemment, de la part de joueurs tels que Benzema, Nasri, Ben Harfa ou Diarra, c’est tout à fait naturel. A ces joueurs, s’ajoutent Ribéry, Abidal… A travers ce geste, ces quelques joueurs nous démontrent que « Marseillaise et islam » peuvent parfaitement coexister. Et, à 3 – 0, cette coexistence fait plus que plaisir à voir. Pourtant, jamais les commentateurs sportifs ne font mention de cet instant de prière. Ils parlent de concentration d’avant match de la part de ces joueurs. Cet exemple est doublement significatif. Il traduit notre aveuglement devant certaines évolutions de notre société. Et, il est symbolique de la conversion à l’islam de nombreux français de souche, toutes catégories sociales confondues.
Ce mouvement de conversion, n’est pas nouveau en soi. Il y a toujours eu des conversions à l’islam. Il y a encore vingt ans, la grosse majorité des convertis français passaient par le soufisme, au terme d’une quête spirituelle dans le sillage notamment d’un René Guénon, qui a joué un rôle spirituel très important dans les conversions à l’islam après-guerre. Alors qu’auparavant, la conversion ne concernait que quelques intellectuels en quête de spiritualité, ces dix dernières années, ce sont près de 70 000 certificats de conversion qui ont été délivrés par les mosquées. Ce qui fait 7 000 conversions par an, soit 19 par jour. Sans compter, les nombreux convertis qui ont des enfants qui sont simplement français et ne sont répertoriés ni dans la catégorie « musulmans convertis » ni dans la catégorie « musulmans issus de l'immigration ».
Ce phénomène de conversion soulève bien des questions. Pourquoi, le sacré et le profane à « l’occidental » ne convient-il plus à de nombreux français « de souche » ? Que peut bien signifier cette forme « d’intégration à l’envers » ? Qu’est-ce qui peut bien les pousser à choisir une religion à « double handicap », une image négative et des problèmes d’intégration à la société française ? Quelles sont des difficultés à surmonter pour faire admettre cette nouvelle foi à l’entourage ? Pourquoi certains convertis imposent-ils leur choix au risque parfois de couper les liens avec les leurs, alors que d’autres le cache de crainte de se retrouver exclu du cercle familial, du travail ? Comment trouver le juste milieu, l'équilibre et la conciliation de cette nouvelle foi dans un environnement qui ne l'accepte pas toujours ? Quels sont les changements dans la vie individuelle, sociale et professionnelle du converti ?

Pour répondre à ces questions, j’ai choisi de réaliser un film qui dresse un état des lieux tout en nous permettant de partager le quotidien de plusieurs convertis. Des mystiques en quête spirituelle, aux convertis par mariage en passant par la conversion des jeunes dans les quartiers, ce documentaire nous fait entrer dans l’univers de ces « musulmans pas très catholiques ».
Réalisé à partir des témoignages et de scènes de la vie de quelques convertis, ce film fait également appel aux interviews de hauts responsables religieux, aux analyses des sociologues et à la participation de personnalités également converties. Ancré dans le présent, ce film est résolument tourné vers l’avenir : les convertis et les jeunes musulmans de la 3ème génération issue de l'immigration préfigurent ce que sera l’islam français dans quelques d'années. En tant qu’intermédiaires sociaux fondamentaux, ces convertis ont un rôle capital à jouer dans cette évolution dont l’enjeu dépasse nos frontières. En Belgique, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne,… l’islam Européen est en construction. De par son histoire et le fait d’être le pays où il y a le plus de musulmans et de convertis, la France doit être en mesure de se faire entendre dans l’édification de ce futur islam Européen.
Bien souvent ignorée, la question des convertis sera de plus en plus au coeur des questions qui se poseront à l’islam de France et à la République. Aujourd’hui encore, pour cause de pénurie endémique de lieux d’inhumation pour leur confession, les musulmans de France doivent rapatrier dans leur « pays d’origine » les corps de leurs défunts, y compris ceux des jeunes « ne connaissant que la France ». Simple question, dans quel « pays d’origine » la République doit-elle rapatrier les corps des défunts convertis ?
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