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RESUME
Je veux relier Paris à Orléans en suivant à pied, le tracé de l'ancienne voie romaine. Un carnet de voyage au jour le jour, de la banlieue Parisienne aux horizons de la Beauce, pour découvrir ces lieux oubliés de l’entre ville. Rencontrer ces riverains et consommateurs. Mais aussi historien, géographe ou philosophe habitant sur notre chemin, afin de nous éclairer sur le passé ou les raisons de cette route. Comprendre ces paysages, qui ne sont jamais que le reflet de notre société et de notre modernité.

PRESENTATION DU PROJET
VOYAGER
Tout voyage obéit à des usages partagés, à des règles qui restent à définir. Pour son voyage dans la banlieue Parisienne, «Les passagers du Roissy-Express», François Maspero avait choisi de suivre du Nord au Sud, la ligne B du RER, en faisant escale chaque jour dans une station différente.
Avant même de connaître les raisons historiques et géographiques liant Paris à Orléans, mon premier désir est d'aller voyager où le touriste ne se rend jamais : près de chez soi. Marcher à pied dans la banlieue. Faire escale dans ces villes-dortoirs de la périphérie. Découvrir ces paysages de la Beauce que nous traversons tous sans jamais nous y arrêter.
UN ITINERAIRE
La voie romaine empreinte la rue Saint-Jacques à Paris, avant d'être coupée par le périphérique, et de rejoindre dans la proche banlieue une avenue comprenant deux fois trois voies, transformée dans le Hurepoix avant Longjumeau, en voie rapide : la N 20. À égale distance de Paris et d’Orléans, elle redevient au de là d'Etampes, une route de campagne dominant la vallée de la Juine, puis un chemin agricole après Saclas, avant de rejoindre la départementale filant vers la forêt qui protège Orléans.
Les armées de César apportèrent la pax-romana, comme la N 20 fût le décor de l’exode en 1940. On ne sait ce qu'en deux mille ans d'histoires, cette voie draina d'hommes, d'idées et de conflits. Aujourd'hui elle sépare, blesse parfois ces paysages de l’Essonne, avant de se perdre dans l'industrieuse campagne Beauceronne. Suivre un tracé ancien dans un contexte contemporain, permet de découvrir en décalage, ces territoires du quotidien .
ENTRE VILLES
Aujourd'hui, avions et trains nous propulsent d'un centre historique à un centre touristique, sans que nous puissions regarder ces paysages brouillés par la vitesse. Seulement une infime partie de la population vit dans ces espaces protégés de la culture ou du luxe. Les autres dorment, mangent et travaillent à la périphérie. Ce mot même suppose un cercle parfait, ce que la ville n'a jamais été. De centripète, elle est devenue centrifuge. Le bâti s'agglutine le long des routes. Les villages s'amalgament, laissant parfois dans l'entre-deux des poches résiduelles. Lotissements pavillonnaires flambant neufs dans le vert paysage. Étendues de parking et blocs d'usines forment ce front urbain disloqué à l’orée des champs de blé ou de betterave. Et «la décentralisation de la ville vers les périphéries urbaines naît donc de l'exigence unique de faciliter les parcours en voiture. Désormais dans les agglomérations, il n'y a de centre que commercial.» (Bruce Bégout).

J'aurai pu choisir d'arpenter le no man’s land de l'Amérique des motels et des highways, et mieux me conforter à l'idée que l'Europe serait différente. Seule l'échelle change entre les continents. Mais notre Histoire ne doit pas nous rendre aveugle. Tout paysage n'est jamais que le reflet de la société qui le produit. Société de consommation exacerbant les comportements individuels avec la voiture. Étalage publicitaire le long des routes. Modèle économique qui veut ignorer les lieux pour toujours aller plus vite et plus loin. Imposer son architecture de préfabriqué, pour que le monde soit partout reconnaissable et s'uniformise.
MARCHER
Appréhender au rythme de la marche ces paysages de la modernité. Marcher, permet de rencontrer autrement les gens, d’échanger une parole différente, de penser autrement le monde. Certaines personnes font avec nous une partie du chemin qui conduit à l’étape suivante. D’autres nous accompagnent vers un lieu précis ou encore, nous remettent sur notre chemin. La mise en scène de la marche rythme les journées.
REGARDER
Regarder ces lieux éphémères, parfois désolés. Enseignes de magasins ou panneaux publicitaires, casses de voitures, dépôt de grava ou ronds-points en construction. Vouloir, tel Walker Evans, poser un regard sur ces objets éphémères, comme pour tenter d’en faire l'inventaire. Leur donner une mémoire qui leur est souvent refusé.

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