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Pauline Bebe est la première femme rabbin en France et l’une des deux seules en Europe.
Mais au-delà de sa qualité de femme qui lui vaut aussi de solides détracteurs parmi les Juifs français, elle détonne par sa tolérance, son ouverture, ses amitiés avec les autres communautés.
À l’heure où les communautarismes de notre pays se développent de façon inquiétante et où les intégrismes religieux explosent dans divers endroits du monde, elle pose la question fondamentale de la place des femmes dans la religion juive, mais bien au-delà, dans toutes les confessions.
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Elle redonne vie à une conception ancienne et européenne du judaisme ; généreux, ouvert sur le monde, fondé sur une parole éternelle mais résolument moderne.
Elle nous invite aussi à réfléchir sur la relation qu’entretient depuis toujours le judaïsme avec la cité, le monde laïc mais aussi le monde des non-juifs.
Enfin, elle tente avec succès, le pari de la rencontre non-conflictuelle entre culte et culture, laïcité et religion. Elle assume volontiers et ce n’est pas rien, l’incarnation pour le moins paradoxal, d’un idéal républicain à la française.
Ce portrait, nourri également d’entretiens de personnalités du monde politique et artistique qu’elle cotoie mais aussi de la petite communauté qu’elle a fondé, nous fait vivre le quotidien et les grands moments de la vie de ce rabbin à contre-courant, en développant des thématiques plus que jamais d’actualité.
NOTES D’INTENTIONS
Une femme, un siècle…
Je cherchais depuis longtemps à faire un portrait de femme aux prises avec notre siècle si complexe ; une femme éclairée, engagée, pas nécessairement là où on l’attend. Il y a après tout, de nombreuses femmes exceptionnelles à travers le monde.
Cette femme, je l’ai trouvée tout près de moi, non pas dans un ailleurs exotique, mais dans ma ville, dans la cité, dans les rues où je déambule depuis tant d’années, à Paris.
Cette idée de film a germé dès notre première rencontre. À l’insu de mes convictions, si j’ose dire, puisque, élevée à la Communale dans une famille profondément laïque, le judaisme auquel nous restions attachés, était relégué chez nous aux sphères de l’intime et passait après notre première identité : la République française et son cortège de vertus.
Electron libre dans ma propre communauté, j’ai rencontré Pauline Bebe au cours d’une conférence intitulée : « croire ou ne pas croire, est-ce vraiment la question ? ». Au-delà de l’intitulé étonnant pour un rabbin, Pauline Bebe s’est exprimée, entre autres, contre une idée interventionniste de Dieu, mais aussi sur les ponts naturels qui existaient entre philosophie et religion, entre Heidegger et la Torah, entre un texte fondateur et sa consonnance universelle.
Je me suis dit que cette femme n’était décidément pas comme les autres.
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Le cantique des cantiques - Matisse |
Une idée de la tolérance
J’ai eu l’occasion de la revoir à plusieurs reprises. Conférences, mais aussi manifestations (lors du meurtre d’Ilan Halimi), randonnées… En enquêtant, j’ai appris que la communauté qu’elle avait fondé était à son image : ouverte à tous, indépendamment de ses croyances ou sa non-croyance, son appartenance ou non au judaisme, son orientation sexuelle, ses origines, sa classe sociale… Dès lors que les individus se sentaient une curiosité, une attirance pour le judaisme et ses valeurs.
J’étais intriguée par cette femme, religieuse, qui prônait des théories si modernes et si éloignées des « hommes en noir » que j’avais eu l’occasion de rencontrer auparavant dans ma vie.
Son idée, fondée sur la rencontre et le partage, s’est matérialisée avec la création du doublon association cultuelle ; la « Communauté Juive Libérale » (C.J.L.) et « Nitsa », association à vocation artistique et culturelle autour du monde juif. Ainsi, croyants et non-croyants se retrouvent malgré eux, lors de visites de musées, d’expositions d’œuvres d’art, de concerts, de pièces de théâtre pour échanger au-delà d’une question sans fin et typiquement juive : Comment être juif et universel ? qu’est-ce qu’être juif ? Une religion, une culture, une histoire, un peuple ? Tout cela à la fois ?
Très récemment, je l’ai revue lors de l’inauguration civile de la Maison du Judaïsme Libéral.
Ce jour-là, j’ai réalisé à quel point elle arrivait à susciter l’enthousiasme et l’adhésion à travers les valeurs de tolérance qu’elle défendait, bien au-delà du monde juif. Étaient présents l’Archevêque de Paris, des représentants protestants, musulmans, mais aussi le maire de Paris, Bertrand Delanoé et Georges Sarre maire du 11 ème arrondissement. Dans la salle, le monde non-juif et le monde juif siégaient côte à côte, en harmonie.
Etaient absents le Consistoire (instance représentative du judaïsme religieux), les rabbins orthodoxes et loubavitch (courants « fondamentalistes » du judaïsme).
Je me suis souvenue des paroles d’une jeune femme orthodoxe de ma connaissance à propos de Pauline Bebe : « une femme rabbin est une hérésie, peut-être la plus grande… Elle risque la colère éternelle et ne peut être reconnue par D… comme par les Juifs… »
Au-delà de la singularité du personnage, on l’aura bien compris, le film que je souhaite faire est un manifeste pour la tolérance : religieuse, interconfessionnelle, vis-à-vis des femmes. Lors de son discours d’inauguration, Pauline Bebe a décliné à sa manière le célèbre commandement « aime ton prochain ». N’est-il pas à comprendre comme « aime ce qui ne te ressemble pas », « ce qui t’est lointain » ?
Parce que le monde juif demeure opaque aux yeux des autres, parce que les évènements du moment au Liban et en Israël plongent les non-juifs dans la perplexité, il m’a semblé urgent d’exposer une facette méconnue et pourtant essentielle d’un judaïsme, aux fondements communs à la République.