|
RESUME
Vittel, ville d'eau de 1856 à nos jours. Vittel, ville camp de 1941 à 1944. Histoire secrète et enfouie que je fais apparaître. Vittel, camp allemand d'internés civils britanniques et américains. Bulle transparente dans l'univers concentrationnaire allemand, camp vitrine qui cache tous les autres. Vittel, camp de l'absurde où des centaines de juifs viennent se jeter dans la gueule du loup en pensant être sauvés. Vittel, jeu de masques, où un juif peut espérer sauver sa peau grâce à un passeport qui cache son étoile jaune.
"Passeports pour Vittel" est traversé de vies et de destins de personnages. Des membres de ma famille, Léon et Renée Novic, Yitzhak Katznelson, écrivain rescapé du ghetto de Varsovie. Certains s'en sortiront, d'autres pas. Vittel unique décor du drame. Un retour sur les lieux à la recherche de ce qui a eu lieu. Les lieux les plus anodins portent-ils l'horreur en eux ?
 |
| Vittel: Camp d’internés civils 1941-1944 |
NOTE D’INTENTION DE L'AUTEUR
|
A la mort de mon père, j’ai trouvé une photographie dans ses affaires. C’était le visage d’une jeune femme inconnue. Sur cette photographie, cette dédicace «To Jacques my very good friend in remembrance of happy days spent together in a concentrationcamp». Jacques était mon père.
Comment a-t-on pu écrire ces mots ? Comment a-t-on pu écrire cela ?
Cette question m’a bien plus troublée que : qui est cette jeune femme inconnue ? |
« A Jacques, mon très cher ami en souvenir des jours heureux passés ensemble dansun camp de concentration. »
|
J’ai trouvé une autre photographie : ma grand-mère est assise sur une pelouse. Je ne l’ai jamais connue aussi jeune. Elle est entourée de ses deux fils : mon oncle et mon père. Ils ont une vingtaine d’années.
Est-ce une photographie « des jours heureux » ?
Ces deux photographies ont été prises à Vittel en France. Vittel, camp d’internement, où ont été internés par les Allemands, entre mai 1941 et septembre 1944, plusieurs milliers de Britanniques et d’Américains, tous des civils. Parmi eux, mon père et sa famille, juifs britanniques.
 |
| Gare de Vittel. 2005 |
La particularité de ce camp est que la nationalité prime sur les critères racistes nazis. Les Allemands ont besoin de civils à échanger contre des civils Allemands internés par les Britanniques et les Américains. Par conséquent, un juif peut s’y sentir protégé par sa nationalité.
Est-ce ce sentiment de protection qui a fait écrire ces lignes à cette jeune femme ?
En scrutant la photographie, je me suis aperçue que son négatif n’avait rien à voir avec son positif. Le positif et le négatif, bien qu’inséparables l’un de l’autre, ne montrent pas la même photographie.
Les souvenirs égrainés aujourd’hui par les anciens internés que je rencontre font apparaître des images plaisantes, supportables, une impression nostalgique de leur jeunesse. Ces souvenirs sont le positif de ces photographies que j’ai découvertes. Nulle trace sur ces photos d’une autre réalité que le film révèle. Tel un négatif plongé dans un bain de révélateur le film fait apparaître une autre réalité que celle décrite aujourd’hui par ceux qui se souviennent. Il y a bien deux faces à la même histoire l’une positive, l’autre négative. L’une est dans le souvenir et l’évocation l’autre et dans la révélation.
Le film est une traversée des apparences, cette photographie du visage souriant de la jeune femme n’est pas la seule image de ce lieu.
Sur le négatif de la photographie, personne n’aurait jamais pu écrire : En souvenir des jours heureux.
Sur le négatif il y a 173 juifs polonais, eux aussi à Vittel, en possession de passeports de toutes nationalités et qui, du jour au lendemain ne sont plus protégés par ces nationalités. Les états sud américains qui leur ont octroyé des passeports n’en reconnaissent plus la validité. Marchandises inutiles, entre les mains des Allemands, ils redeviennent des juifs dont la vie n’est rien. Ils seront déportés du camp de Vittel au camp de Drancy, puis quelques jours plus tard à Auschwitz Birkenau, où ils seront tous gazés le jour même de leur arrivée, le 1 er mai 1944.
Sur le positif de la photographie, il y a ma famille internée dans un hôtel situé à 50 mètres de celui où se trouvent les juifs déportés. A un passeport près, à un tampon près on vivait ou on mourrait. Face à face, de part et d’autre, aucune prise sur son destin. Réfugiée dans la gueule du loup ma famille s’en est sortie. Hasard de la mastication.
Traversée des apparences. Partie du visage souriant d’une jeune femme, je découvre des cadavres.
Je découvre ce qui a toujours été tu dans ma famille. « Quand nous étions à Vittel… »,cette phrase qui revenait si souvent dans les conversations entendues dans mon enfance, et qui ne dévoilait jamais rien.
Ce film est né du silence d’un père. Il n’a jamais pu me parler de ce qu’il avait su, de ce qu’il avait vu à Vittel. Enfermé dans son silence il ne m’a livré que la version jours heureux de l’histoire familiale.
 |
 |
| Vittel 1941-1944 |
Vittel 1941-1944 |
Aujourd’hui, je m’attache à regarder par delà les photographies des cours de dessin, des cours de théâtre, des soirées dansantes du camp d’internement de Vittel.
Ces photographies sont le paravent qui cache une autre réalité que je dévoile. Une réalité que je fixe et me donne le sentiment d’être là par le plus grand des hasards.
Le film est un récit à deux voix, les voix de ceux qui sont aujourd’hui là pour raconter, les membres de ma famille et les témoins que j’ai retrouvés, et celle des absents dont je cherche les traces par delà leur disparition. Parler d’eux, dire qu'ils ont été.
Léon Novic est le frère aîné de mon père. Filmé chez lui, il me fait le récit des chemins qui le mènent du camp du Vernet dans l’Ariège au camp de Vittel où, en arrivant, il pense avoir sauvé sa peau. Il est convaincu que son passeport britannique est sa bouée de sauvetage. Qu’a-t-il vu? Qu’a-t-il compris? A-t-il vraiment cru jusqu’au bout à sa bouée de sauvetage?
Renée est sa femme, ils se sont connus à Vittel. Elle est arrêtée à 15 ans en janvier 1944 et conduite avec toute sa famille au camp de Drancy, d’où elle sera envoyée au camp de Vittel.
Deux jours avant son arrivée elle était face au commandant allemand du camp de Drancy, Aloïs Bruner. Il lui a trouvé de beaux yeux et a mis son nom sur une liste de juifs en partance pour Vittel. Léon Novic et Renée Novic
Des centaines d’autres personnes, le même jour, sont passées devant le même homme et ont été embarquées dans des wagons à destination d’Auschwitz-Birkenau.
Quelle était la couleur de leurs yeux ?
Renée en arrivant à Vittel pense elle aussi avoir sauvé sa peau. Elle me dit même qu’en arrivant de Drancy, Vittel c’était le paradis.
D’autres personnages éclairent le récit de leur témoignage : June Hicks, une jeune anglaise internée à l’âge de 13 ans et Jean-Louis Le Dall, qui vivait enfant à Vittel.
Sa maison côtoyait les barbelés du camp. Il se souvient qu’il jouait avec des enfants internés qui se glissaient sous les barbelés pour le rejoindre. Un matin il a vu des soldats allemands entourer l’hôtel où se trouvaient les juifs qui seront conduits à la gare de Vittel et déportés. Parmi eux, une des enfants avec lesquels il jouait. Ce n’est que des années plus tard qu’il a réalisé ce qu’il s’était passé ce jour là.Quelles sont les visages dont il se souvient ?
Les autres personnages du film sont les fantômes que j’ai découverts par delà la photographie de la jeune femme. Ce sont les 173 juifs polonais déportés de Vittel. D’eux, il ne reste rien. Pas de tombes, absolument rien. Je m’attache à retrouver leurs traces malgré leur effacement, à retrouver leurs noms, à leur redonner leur identité. Leurs traces sont sur cette liste de déportés qui porte leurs noms, leur lieu de naissance en Pologne et leur improbable nationalité sud américaine. Leurs traces sont sur une fiche d’entrée au camp de Drancy. Un nom, un prénom, quelques biens, parfois aucun bien. Leurs traces sont également sur une lettre conservée aux Archives nationale à Londres. Cette lettre a été envoyée clandestinement par quelques femmes internées anglaises, qui ont tenté en vain d’alerter le Foreign Office sur le sort de leurs compagnons du camp de Vittel. Aujourd’hui une seule de ces femmes est encore en vie, et refuse de parler devant une caméra. Elle m’écrit : je n’ai simplement pas envie de voir leur souvenir raconté avec ou sans images. (…) Les morts on les porte dans son cœur. Personne pour me parler d’eux. Comment faire entendre leurs voix ?
C’est celle d’Ytzhak Katznelson poète et dramaturge polonais que je fais entendre.
Son fils et lui sont les seuls rescapés de leur famille. Ils arrivent du ghetto de Varsovie à Vittel en mai 1943. Acharné à témoigner de la destruction des juifs en Pologne, Katznelson tient son journal, écrit des poèmes, malgré la dépression et la tentation du suicide. La veille de son transfert vers Drancy, il cache ses textes dans des bouteilles qu’il enterre au pied d’un arbre. Ces textes seront sortis clandestinement grâce à la complicité de la lingère du camp et publiés.
Je m’attache à faire entendre la voix d’Ytzhak Katznelson. Les extraits de son journal et de ses poèmes, lus en voix off, viennent en contrepoint des récits des témoins. Ils disent l’envers de la photographie. Ils disent ce qui se trouve derrière les paravents d’un camp d’internement, club pour dames britanniques.
Les extraits de son journal et les témoignages aujourd’hui sont sur deux temps différents, Katznelson parle au présent alors que les témoins sont dans le passé.
Je joue de l’alternance entre ces deux temps.
Vers où me conduit le film ? Vers un happy end familial où les troupes du général Leclerc ouvrent les portes du camp et tout le monde rentre à la maison, ou bien vers ceux qui ont disparus sans laisser de traces, qui me laisse face à la seule question à laquelle je ne peux répondre : pourquoi eux ?
Nos « beaux yeux » nous sauveront-ils un jour la vie ?
 |
| Cimetière de Vittel. 2005 |
NOTE D’INTENTION DE REALISATION
La réalisation
Le film est construit comme un enfermement, tout s’y déroule à Vittel. On ne sort pas de la ville.
Je filme le présent et j’évoque le passé. Le présent est dans ces hôtels que je filme aujourd’hui. Ce sont les mêmes que ceux où étaient les internés. Je rentre dans ces hôtels. Je ne tiens pas à interroger les curistes ou le personnel sur le passé, mais je tiens à évoquer par l’image, d’autres arrivées, d’autres départs. Filmer le quotidien, le banal.
 |
 |
 |
| Façade et intérieur de l’hôtel des Thermes. 2005 |
Les lieux les plus anodins portent-ils l’horreur en eux ?
Je choisis d’entrer dans le passé par la porte d’un hôtel fermé depuis des années. Ma famille a été internée dans cet hôtel : l’hôtel des Thermes. Les portes de cet hôtel sont le passage entre le passé et le présent. Dans cet hôtel aux couloirs sombres et déserts, où la peinture s’écaille sur les murs, je fais entendre le murmure des voix de ceux qui l’ont habité, leurs pas dans l’escalier monumental, quelques airs de jazz, un éclat de rire. Vide il est habité par tous ceux qui y ont été internés.
Les personnages
Les témoins sont filmés chez eux, dans un cadre qui ne dévoile pas leur intérieur.
Je concentre l’image sur eux, sur ce qu’ils disent. Un seul cadre, qui laisse voir leur corps, leurs mains qui disent avec la voix. Je leur tends les photographies et les filme les regardant, les commentant. J’imagine demander aux membres de ma famille de revenir à Vittel, pas tant pour les interroger sur le lieux même, que pour filmer leur présence et faire apparaître en creux les absents.
Les photographies
Le film s’ouvre sur quatre petites photos de famille prises dans les années 40. Les photographies sont posées sur une table. La dédicace de la photographie de la jeune femme sera révélée peu à peu, il s’agira d’abord de « en souvenir de jours heureux », ce n’est qu’au fur et à mesure du dévoilement du récit qu’elle apparaîtra dans son entier avec sa stupéfiante dédicace.
 |
| Vittel. Camp d’internés civils américains et britanniques. 1941-1944 |
Ces photographies apparaissent plusieurs fois dans le film. Elles sont en quelque sorte les cartes à jouer que je tire tout au long du récit. Je les tends aux témoins que je rencontre.
Les questions qui reviennent sont : qui est cette femme ? Qu’est-elle devenue ? Je ne peux dire aujourd’hui où me mène cette interrogation, mais je la suis comme un fil parallèle au récit du passé que je dévoile. Cette quête est mise en scène par ma voix que l’on entend dans les questions que je pose au sujet de cette femme, et qui sait ? Par ma rencontre avec elle.
Poser le décor
Vittel : ville d’eau, ville camp. L’eau est présente tout au long du film, j’y reviens sans cesse. Une rivière partage Vittel en deux, j’y reviens souvent pour rappeler qu’avant tout Vittel est une histoire d’eau, et pour filmer les aspects changeants de cette eau, calme, tourbillonnante, irisée. L’eau qui lave, purifie et efface. Cette eau efface-t-elle ce passé là ?
Vittel n’est pas une jolie ville, pas plus jolie qu’une ville qui ne l’est pas. Je choisis de la filmer en forçant le trait, les parterres de fleurs éclatants, l’eau claire de la rivière, les allées soignées, la cime des arbres qui se balancent doucement au vent, un passant dans une allée, une femme promène son enfant. Ce sont des plans séquence, la caméra ne suit aucun des passants, ils entrent et sortent du cadre. Le décor est posé. Nous sommes réellement dans une ville thermale où on peut composer des souvenirs de jours heureux.
 |
| Parc de Vittel. 2005 |
A ces images cartes postales résonnent en écho les images d’archives. Ce sont les mêmes lieux qui apparaissent plein cadre en noir et blanc. Ce sont des plans fixes et longs, le temps de voir, de reconnaître le décor. Les personnages sont différents : le commandant allemand du camp en uniforme dans le parc, des femmes devant un hôtel : elles sont mal fagotées, l’une d’elle porte une capote de l’armée.
Je n’imagine pas monter ces séquences l’une derrière l’autre, ce n’est que par le dévoilement du récit que les séquences résonnent les unes par rapport aux autres.
 |
| Vittel. Landhauser ( Commandant du camp d’internés civils) 1941-1944 |
S’approcher d’avantage : au fur et à mesure de la progression du récit, le tragique apparaît derrière le décor, le film quitte l’extérieur pour entrer dans les hôtels et filmer le quotidien de ces hôtels pour curistes.
Filmer un rituel blanc : Je filme la femme de chambre le long des couloirs, son travail dans les chambres. Ce sont des plans séquences, elle entre et sort du cadre au fur et à mesure qu’elle range la chambre. Je m’approche : ses mains lissent les draps, tapotent un oreiller. Impression de propre, de net, de blanc, de bien être dans tout de blanc. C’est parce que la lingère du camp a sauvé les textes de Katznelson que la femme de chambre est aussi présente dans le film. Ceci n’est révélé que plus tard dans une autre séquence du film. Je ne veux rien faire « porter » à cette femme, si ce n’est à nouveau l’ordinaire, le banal, la routine. Tout comme la ville est « trop » jolie, tout est « trop » blanc, « trop » propre.
Faire exister un personnage disparu, dont il ne reste aucune trace que ce texte retrouvé. Katznelson est le fantôme qui habite le film. Il est présent dans une chambre d’hôtel, l’hôtel même dans lequel il a été interné. Aucun acteur ne l’incarne, il n’est présent que par sa voix. Il est toujours dans cette chambre quand il se fait entendre.
Une petite chambre, une table sur laquelle est posé son texte, la pile de feuille augmente tout au long du film. La caméra va du texte sur la table, au lit défait, à la fenêtre, à la chaise sur laquelle est posée une veste, retour à la table, puis la fenêtre sur laquelle coule la pluie. Je veux par ces images faire sentir sa présence et sa terrible absence. Le son est celui de la plume sur le papier qui accompagne la voix qui dit ce journal au quotidien et au présent. 22 mai 1943 Mon fils Zvi et moi sommes maintenant à Vittel….
Les archives
Je filme tous les textes : archives de Vittel, fiches d’entrées du camp de Drancy, lettres au Foreign office en plans fixes très serrés, faire ressortir la matière du papier, l’encre, la trace de la main, de celui qui a écrit. J’imagine utiliser une palette graphique pour travailler ces documents. Pour moi, ces textes sont comme des rouleaux de papyrus que je déroule lentement. Avec ces textes on entend le son de la machine à écrire qui les a peut-être tapés.
La musique
Je veux faire composer la musique à partir des standards américains des années 40, évocation nostalgique du temps d’avant et travailler ces airs, jusqu’à la distorsion, la dissonance, ça grince, ça frotte.
 |
| Vittel. 1941-1944 |
Vittel : un camp d’internés civils 1941-1944
Le camp de Vittel, en zone interdite, est un camp d’internement administré par l’autorité allemande. Y sont internés à partir du 1 er mai 1941, des ressortissants des puissances ennemis de l’Allemagne, principalement des femmes anglaises, puis à l’entrée en guerre des Etats-unis et Etats Sud Américains, des Américains et des sud Américains. Les civils allemands subissent le même sort en Grande-Bretagne, dans les pays du Commonwealth et aux Etats-unis. Les civils détenus de part et d’autre sont des moyens de pression entre belligérants et une monnaie d’échange.
 |
| Vittel. 1941-1944 |
Il est important de rappeler qu’il s’agit d’un camp d’internement et non d’un camp de travail, encore moins d’un camp de concentration. Les puissances protectrices, pays neutres : Suisse et Espagne s’assurent des conditions de détention par de régulières visites de leurs représentants au camp. La Croix-Rouge pourvoit au ravitaillement des internés. On y reçoit un colis tous les quinze jours. On organise des spectacles, des séances de cinéma, des cours et des conférences. Les organisations caritives, comme le YMCA, essaient d’améliorer les conditions de détention, en envoyant des centaines de livres. On attend la fin de la guerre : l’ennui et la dépression sont les ennemis à combattre.
Ce camp est aussi un camp de transit dans l’attente d’un échange, civils anglais ou américains contre civils allemands. Il y en aura relativement peu. Les bombardements, les difficultés de transport, les moyens de communication réduits feront que seuls quelques centaines d’internés seront échangés. Le premier échange à lieu en février 1944. Il concerne une centaine de femmes âgées et malades, puis d’autres en mars et juillet 1944, via Lisbonne et Barcelone.
Il y a même un échange de 60 juifs vers la Palestine où 2000 civils allemands sont détenus par les Britanniques.
 |
| Vittel. 1941-1944 |
La particularité de ce camp est de ne pas tenir compte des critères racistes nazis. Faits exceptionnels : les juifs y sont protégés par leur nationalité.
Dans le ghetto de Varsovie, on apprend l’existence de ce camp par des courriers que l’on reçoit de Vittel. On sait qu’on y est bien traité, protégé par une nouvelle nationalité. On cherche alors à se procurer des visas ou des passeports. Arrivent en nombre, à la poste de Varsovie, des passeports et des promesses de visas en provenance des Etats Sud Américains. On pourrait dire aujourd’hui des «vrais faux» visas. Ils sont émis par des diplomates sud américains en poste en Suisse, alertés sur le sort des juifs en Pologne. Les Allemands qui censurent tout le courrier laissent entrer ces visas dans le ghetto de Varsovie. Ils ont de nombreux internés en Grande-Bretagne, aux Etats-unis, et ont besoin de «nationaux» à échanger. Une poignée de juifs, bernée par les Allemands, parvient à se procurer à prix d’or ces visas, et espère ainsi avoir la vie sauve grâce à un échange.
Deux cent cinquante juifs en possession de papiers sud américain sont regroupés à la prison de Pawiak dans le ghetto. Ils arrivent en janvier et mai 1943 au camp de Vittel.
Ils sont tous regroupés dans le même hôtel : le Providence. Les Allemands veulent les échanger contre des internés allemands en Amérique du Sud ou en Palestine.
En novembre 1943 les Allemands ne reconnaissent plus la validité des passeports sud américains, ils ne sont plus prêts à un échange.
Les internés juifs alertent le monde extérieur avec la complicité d’internées anglaises qui font sortir clandestinement la liste des juifs polonais en danger de mort. Les représentants des clergés catholique et protestant qui se rendent régulièrement au camp sont également prévenus.
Le Vatican, la Croix-Rouge, les organisations juives font pression sur les Etats Sud Américains pour qu’ils reconnaissent les juifs polonais comme leurs concitoyens. Les réponses sont négatives.
Le 28 février 1944, les juifs polonais sont transférés à l’hôtel Beau Site, situé en dehors du camp.
Pour avoir vécu dans le ghetto de Varsovie affamé, pour l’avoir vu se vider chaque jour de milliers de juifs enfermés dans des trains à destination de Treblinka, tous savent le sort qui les attend.
 |
| Gare de Vittel. Octobre 1943 |
Le 29 février 1944, mon père et mes grands-parents arrivent au camp de Vittel, en provenance de Périgueux, mon oncle lui, vient du camp du Vernet en Ariège. Juifs nés en Palestine, ils sont en possession de passeports britanniques.
Le 17 avril 1944, la veille du transfert des juifs polonais vers le camp de Drancy certains se suicident. D’autres tentatives de suicide échouent. Les plus mal en point sont hospitalisés et seront déportés plus tard, le 16 mai. Les autres partent à pied vers la gare. Ils quittent le camp de Drancy le 28 avril 1944, convoi 72, de 1000 personnes. Ils arrivent au camp d’Auschwitz le 1er mai 1944. Tous ceux de Vittel sont gazés le jour même de leur arrivée.
Le camp de Vittel est libéré par la division Leclerc le 12 septembre 1944.
Ma famille au complet rentre à Paris au mois de novembre 1944.
|