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RESUME
Dans la cité des Bosquets à Montfermeil, en région parisienne, la place de la femme n'est guère enviable. Elle est celle des vingt sept ethnies qui composent sa population, d'immigration souvent récente. L’islam est très présent, le port du voile islamique très répandu, la cité comptant six mosquées.
C'est pourtant là, qu'en classe de cinquième, une bande de copines "blacks –blanches - beurs" décident de monter une équipe de foot, malgré la pression sociale, les parents, les moqueries des garçons...
Quatre ans plus tard, elles sont premières de leur championnat des moins de 16 ans. En suivant Imane, Marie, Zahra, Gaêlle, Cama, Souad et les autres ; chez elles, à la sortie des cours, à l’entraînement, pendant les matches de championnat, nous écoutons leurs confidences sur ce qu'ont changé en elles ces années d'une pratique sportive réservée aux garçons.
Le processus d'émancipation qu'elles ont enclenché, un peu sans le savoir, a profondément modifié leur identité de filles, dans un monde très dominé par les hommes. Les "garçons manqués"qu'elles étaient sont-elles devenues des "filles épanouies" ?
NOTE D’INTENTION DE L’AUTEUR
La cité des Bosquets à Montfermeil, 7000 habitants, jouxte celle de la Forestière de Clichy-sous-Bois, 16000 habitants. Dans ce grand ensemble comptant 6 mosquées pour 27 nationalités différentes, la condition de la femme est celle des sociétés traditionnelles composant ce melting-pot.
Il suffit de se rendre un lundi soir (c'est jour d'entraînement) vers 19 heures dans le "centre commercial" pour comprendre qu'ici, une femme n'a rien à faire en dehors de chez elle après 18 heures.
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Là, autour des commerces, dans un désordre apparent de détritus, de sacs de pommes de terre, de sacs de riz ou de semoule de couscous, tous les hommes de la cité, jeunes et vieux, palabrent. Dans les cafés où on ne sert que du thé à la menthe, des dizaines d'autres hommes jouent aux cartes et aux dominos. Les quelques femmes retardataires, voilées, se pressent pour rentrer préparer le repas du soir.
Plus loin, à l'entrée de la cité, sur un terrain vague encombré de sacs poubelles, entre les bâtiments calcinés d'un ancien centre commercial laissé à l'abandon depuis plusieurs années, assis en cercle sur des pots de peintures en plastique, une vingtaine de vieux arabes enturbannés discutent. Toujours aucune femme.
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Et, à 300 mètres de là, sur le stade baigné des derniers rayons du soleil, libres et fières, Souad, Déborah, Imane et les autres filles de l'équipe s'entraînent. Le contraste surprenant dans une telle cité, est emblématique et interroge.
C'est donc avec grand plaisir que je propose ce projet documentaire sur cette équipe de foot féminine. Cette douzaine de jeunes filles vives gaies et insouciantes, passionnées de foot à la suite de la coupe du monde 1998, ont, l'air de rien, ouvert une brèche dans l'enfermement des femmes dans les cités.
Ce qui m'intéresse dans ce film n'est pas de dénoncer la condition de la femme dans les cités ghettos comme les Bosquets, mais de montrer à l'oeuvre le processus d'émancipation que ces filles ont entrepris peut être un peu sans le savoir. Cette émancipation reste toutefois partielle : certaines joueuses portent des bas noirs sous leurs shorts pour ne pas montrer leurs jambes aux garçons, et une des filles porte le hidjab, le voile simple, en dehors du stade.
Mais elles ont bien un statut à part. On ne conteste plus leur présence sur le stade comme au début. De plus, plutôt bonnes footballeuses (elles sont premières de leur championnat), elles finissent par être la fierté de la cité et devenir une sorte de caution idéologique. Parmi les hommes qui assistent aux matches ou aux entraînements (il n'y a jamais de filles ou de femmes qui y assistent), plusieurs m'ont dit : "...qu'il ne fallait pas croire ce que l'on raconte, que les médias donnent une mauvaise image de la cité en racontant que les filles sont gardées à la maison, qu'il s'agit ici de sport et qu'il ne faut pas faire de politique avec ça..."
Et il est vrai que les mentalités évoluent. C'est à l'initiative d'Ahmed, président du club, né dans la cité, que cette équipe a pu voir le jour.
Pourtant au détour d'une conversation, on peut entendre "Je plains leurs maris, à celles-là", "Vous avez vu comme elles parlent mal, et comment elles répondent aux adultes...", "Le foot c'est pour les garçons"*
Ces filles sont considérées comme des"garçons manqués"*, sans doute ont-elles dû revendiquer ce statut, mais est-ce un statut enviable dans un monde d'hommes ?
Il est vrai qu'il leur arrive de jurer comme des charretiers, ou même de chanter des chansons paillardes, que sur le terrain elles se traitent en riant, qu'elles "se taillent" en faisant des blagues racistes. Elles se saluent en se tapant dans les mains, se bousculent comme des mecs. Une seule différence, elles disent "Nique ton père" au lieu de "Nique ta mère".
L'espace de liberté qu'est le stade, le confort du groupe féminin de l'équipe permettent l'éclosion d'une nouvelle identité féminine. Ces filles ne sont plus comme les autres filles de la cité. Elles construisent tous les jours leur nouvelle identité mais, n'ayant aucun autre modèle, elles se comportent souvent comme des garçons. Faire comme les "mecs" est la seule alternative à leur besoin de différence. D'ailleurs les surnoms qu'on leur donne, et qu'elles revendiquent sont des noms de footballeurs. "Barthez" pour Imane, "Zidane" pour Sozy, "Desailly" pour Marie ...

Pourtant elles ne sont pas des garçons, elles ont un corps de filles. Mais quel corps ?* Car il doit répondre à la double injonction contradictoire d’être puissant comme celui des garçons et séduisant comme celui des filles. C’est toute la problématique de l’image de la sportive* qui se joue ici. Peuvent-elles continuer à être des filles si elles font un sport de garçons ?
Pourtant elles continuent à l’être, car, lorsqu’elles font des matches de ce qu’elles appellent le « foot fou », où tout est permis, leur comportement est très différent de celui des garçons. Elles rigolent beaucoup, prennent un malin plaisir à rouler sur le terrain, se battent mais toujours sans violence, jouent pieds nus, prennent le ballon à la main… Il s’agit plus pour elles de casser, de subvertir les règles ensembles et d’en rire, que de s’affronter physiquement. Déborah par exemple, la grande costaud peut se laisser tomber parce que la petite Sozy aura fait mine de la bousculer. Pendant ces moments complices sans entraîneur, sans le regard des hommes, on sent chez elles une sorte d’"ivresse corporelle"* qui se traduit par des fous rires, un relâchement des corps et aussi de la parole. Elles s'insultent, "se traitent" de manière éhontée. C'est aussi dans ces instants de liberté totale pour elles, sans homme, (étranger à la cité, il semble que je ne compte pas) que se forge leur nouvelle identité de filles différentes.
Très jeunes, elles ont entre 13 et 16 ans, elles n'ont pas la distance suffisante pour analyser ce qui leur arrive, mais avec un naturel et une naïveté désarmante elles défient la suprématie masculine qu'elles et les autres filles et femmes de la cité subissent tous les jours. Ce qu'elles ont à gagner, les garçons ont à le perdre*. Loin des schémas féministes, elles construisent à leur façon un type de femme de demain.
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