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RESUME
Ancêtres, banlieue, communautarisme, daron, exclusion, faciès, galère… Au travers de ces réalités mises bout à bout, ce film, nous plonge au cœur des problèmes de la jeunesse des cités-banlieues au rythme d’un Abcdaire teinté d’humour et d’ironie.
NOTE D’INTENTION
Etrange destin que celui de ces cités maudites, à l’écart de la ville, derrière un mur aveugle, une voie ferrée, un échangeur d’autoroute ou un terrain vague. L’actualité ramène régulièrement ces banlieues oubliées de la République sous les feux de la rampe. Depuis le début des années 1980, les banlieues explosent régulièrement.

A l'origine de ces retours de flammes, toujours le même drame : la mort d'une victime des bavures de l'ordre public. Jamais les événements de Clichy-sous-Bois en novembre 2005, n’auraient eu de telles répercussions si les quartiers dits sensibles ne s’étaient trouvés au carrefour de trois crises exacerbées : une crise sociale, une crise identitaire post-coloniale et une crise de représentation politique. Et, si le terme « racaille » employé par un ministre en a choqué plus d’un, il y a bien longtemps, que ce terme est utilisé quotidiennement par bon nombre pour désigner les habitants de la banlieue.
Après plusieurs décennies de réhabilitation et de débat sur l’insécurité, l’intégration, le multi-culturalisme, le droit à la différence ou à l’indifférence, le communautarisme, la discrimination…, la politique de la Ville n’est pas parvenue à guérir le malaise des banlieues. En effet, en termes d'acquis sociaux, l'accès à l’emploi, au logement, et la reconnaissance sociale restent une sinistre blague pour les nombreux RMlstes, stagiaires à perpétuité, chômeurs longue durée, abonnés de l'aide sociale ou jeunes intermittents des maisons d'arrêts que compte la banlieue.
Aujourd’hui encore, pour celui qui ne l’habite pas, la banlieue reste terra-incognita et le jeune lascar périphérique, le miroir de tous les fantasmes franco-français sur l’immigration et la misère. Et ce, d’autant plus, qu’il adopte une stratégie d'affirmation identitaire qui renforce les préjugés négatifs à son égard, accentue les discriminations dont il est victime et d'alimenter ainsi une spirale sans fin. Hormis les stéréotypes et les évaluations techniques des spécialistes, le jeune lascar périphérique demeure encore un grand inconnu.
Etre un jeune lascar de banlieue, ce n’est pas simple et les questions sont complexes ! Comment accepter d’être l’enfant illégitime d’une République à la mémoire sélective ? Comment faire pour être uniquement français de papiers ? Comment accepter d’être le fruit de tous les échecs des programmes sociaux et de ne jamais avoir le profil et la tête de l’emploi ? Comment se construire un avenir lorsque l’on naît dans des cages à lapins, que l’on pousse dans des cages d’escaliers et que plus tard, le seul objectif est de ne pas se faire mettre en cage ?
Compte tenu du thème abordé, le jeune lascar périphérique miroir des fantasmes sur l’immigration, et, afin d'éviter une réalisation fastidieuse, j'ai adopté le principe d'un ABCdaire : ANCETRES, BOUFFON, COMMUNAUTARISME, DARON, EXCLUSION, FACIES, GALERE... Ces mots ont été débusqués, au hasard des lectures, entre deux pages de pubs à la télévision, entre deux tubes à la radio. Cependant, il existe une logique certaine dans le choix des mots à illustrer, beaucoup de thèmes sont récurrents d’une séquence à l’autre. Les séquences s'enchaînent, se complètent, s'opposent, s'interpellent pour ne composer finalement qu'un seul et même tableau. Ce dispositif narratif présente l'avantage d'être simple et de pouvoir nous livrer les multiples facettes du jeune lascar périphérique en touchant à de multiples cordes sensibles. Passer d’un thème à l’autre, permet de dissocier les modèles, de délier les langages avec humour, avec dérision ou ironie pour « appeler un chat, un chat » et tenter de mettre à mal une bonne fois pour toute, cet espèce d’apartheid à la bonne franquette.

L’idée d’un tel traitement, m’est sans doute venue de mon expérience personnelle et professionnelle. Issu de l’immigration algérienne, je suis né dans le Nord de la France en 1962, au beau milieu du sous-prolétariat métallurgiste. J’ai connu les bidonvilles des années 1960, le changement d’attitude vis à vis de l’immigration au milieu des années 1970 avec le 1 er choc pétrolier et le début de la crise, l’échec de la marche des beurs en 1983, la casse de toute une génération durant les années 1980-1990 (zonzon, came et psychiatrie), et, vu pousser comme l’herbe folle les plus petits. Engagé dans le cinéma militant pendant les années 1990, j’ai réalisé plusieurs documents suite à des flambées de violence. Trop souvent, j’ai constaté à regret, que rien n’avait changé hormis quelques « Hobsistes (de l’arabe : celui qui se vend pour du pain) qui réussissaient à tirer leur plan en la jouant perso ». C’est certainement pourquoi, je ne veux pas réaliser une enquête sur le thème du changement en banlieue suite à une explosion de violence mais plutôt un état des lieux, des esprits et des âmes à travers cet ABCdaire du jeune lascar périphérique.
TRAITEMENT CINEMATOGRAPHIQUE
Pour mettre en images ce sujet, j’ai choisi de construire le film autour de 26 séquences qui nous permettent de faire le tour des nombreux points de discorde entre le jeune lascar périphérique et la société.
Au lieu du reflet d’une réalité et de l’addition de personnes racontant leur histoire, j’ai choisi la libre association d’idées, d'actions sélectionnées et autonomes mais ayant pour objectif précis l’effet thématique final que peut offrir un ADCdaire. Dans ce film « patchwork » légèrement décalé, j’aurais recours au reportage, aux tranches de vie, aux interviews en situation, au micro-trottoir, aux gags visuels, aux inserts graphiques, aux documents familiaux et à divers techniques de truquage de l’image (animation et effets de montage). Ce procédé du film « patchwork » s’inspire des techniques utilisées par l’une des écoles sud-américaine du documentaire engagé avec des réalisateurs tels que fernando BIRRI ou Jeorge FURTADO.
Aborder 26 thèmes en 60 minutes oblige à la concision des propos et à la fluidité de la mise en scène. Le Plan et le mot juste sont de rigueur pour abolir la notion de limite du personnage, du lieu, du temps et faire mouche à chaque fois. Pour ces raisons, la durée des séquences peut varier de 15 secondes à un peu plus de 2 minutes selon l’importance du thème traité.
Par souci d’unité et de clarté, c’est un narrateur qui organise le récit, fait le lien entre les images et les événements . Il ne se contente pas de rapporter ou simplement évoquer des faits. Au contraire, il a recours à l'humour noir, voire au paradoxe pour maintenir l'esprit sans cesse en éveil. Le cynisme du ton doit repousser les opinions admises et nous obliger à prendre du recul. Le narrateur est là également pour interpeller le jeune lascar, lui demander son avis ou de s’exprimer sur tel ou tel sujet. Souvent, c’est le narrateur qui introduit la séquence, fait un état des lieux du thème pour ensuite donner la parole au jeune lascar.
Ce film mobilise deux pratiques différentes du montage : l'une fondée sur un montage linéaire entre les plans, l'autre sur un montage jouant sur la division de l'image. Ce type de montage doit permettre la juxtaposition de différents points de vue sur un même plan. Là aussi, il s’agit de jouer sur les paradoxes de notre société. J’aurai également recours à la répétition de plans « symboliques » d’une séquence à l’autre.
Une courte séquence introduit le sujet du film en posant la problématique de la flambée des banlieues depuis le début des années 1980. Chaque passage d’un thème à l’autre est marqué à l’image par la lettre puis par le mot correspondant. L’habillage du film puise sa source dans l’univers du jeune lascar périphérique et n’hésite pas à l’écorner.
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