PATRICK DUPOND, LE DEFI
Documentaire de 52 mn

de

Nicolas RIBOWSKI


PATRICK DUPOND


SYNOPSIS


Janvier 2004 – D’un studio de danse, la musique sort d’un piano droit, un miroir nous renvoie l’image d’un danseur en répétition : c’est Patrick Dupond aujourd’hui. Sa volonté, son courage, sa détermination à retrouver ses sensations, son désir de se présenter à nouveau devant le public sont toujours là. C’est le pari qu’il ne veut pas perdre, c’est le pari qu’il doit gagner !

« Que la fête continue ! » C’était la dernière phrase de son livre autobiographique (500.000 exemplaires vendus) alors qu’il venait de connaître cinq années de galère après son renvoi du ballet de l’Opéra de Paris pour insubordination.

Et la fête continue…Le 30 Mars 2004 Patrick Dupond danse à nouveau à l’Opéra dans un spectacle qui rend hommage à Claude Bessy avec Sylvie Guillem, Marie-Claude Pietragalla, Manuel Legris, Nicolas Leriche

Nous suivrons ses répétitions de janvier 2004 jusqu’à la soirée de gala du 30 mars où nous filmerons sa « variation » sur le plateau de l’Opéra. Nous serons avec lui dans sa loge, avant et après le spectacle.
Ses douleurs, ses difficultés rencontrées en répétitions lui feront se souvenir de son parcours depuis l’enfance jusqu’à aujourd’hui. On l’accompagnera sur les lieux qui évoquent sa vie.

Des extraits de ballets filmés, des interviews (INA), des photos illustreront son propos. Ses partenaires-danseurs étoiles, les chorégraphes Roland Petit, Maurice Béjart, John Neumeier, Mats Ek…ses intimes Jean-Marie Didière, danseur, « frère »et confident et sa mère témoigneront.

Patrick Dupond va t-il réussir aujourd’hui le défi qu’il lance au destin, au talent, au public, lui qui a été sacré meilleur danseur du monde à 17 ans ?

Nicolas RIBOWSKI

AU SUJET DE PATRICK DUPOND

Patrick Dupond, consacré à 17 ans « meilleur danseur du monde » aux olympiades de Varna en Bulgarie, se définit comme un acteur qui danse !
L’engouement du public et des professionnels de la danse pour le style « Dupond » est déclenché autant par sa technique remarquable, époustouflante qu’à sa manière d’habiter les personnages. C’est un danseur qui a du talent, du charisme, il pourrait devenir aujourd’hui à 44 ans le héros d’une fiction – réalité tant sa vie de danseur est hors normes, spectaculaire.

Dans le quartier de Montparnasse à Paris, à trois ans déjà, il dansait sur la table familiale sur l’air Rock’n Roll Twist Again. « Je dansais jusqu’à m’écrouler d’épuisement. J’en ai gardé encore aujourd’hui un souvenir très présent du plaisir qui m’envahissait, un plaisir presque trop intense, trop intolérable… ». Plaire, séduire, faire rire, divertir, enchanter son tout premier public familial comme tous les autres publics du monde entier : Patrick Dupond a l’impression de n’avoir vécu que pour cela. Il fallait canaliser l’énergie inépuisable de ce petit garçon dont les annotations sur ses carnets scolaires par sa maîtresse d’école le qualifiaient de « rapide et doué, mais dissipé et désordonné et pourtant tellement attachant… ». Ni le foot, ni le judo n’ont eu raison de ce petit diable de 7 ans, chef de bande de la rue de l’Ouest. C’est l'émotion, la musique, les Etudes de Chopin, Arthur Rubinstein, les petites filles en collants et tuniques noires qui faisaient leur barre sur des bancs d’écoles dressés en l’air qui décidèrent du métier du petit Patrick Dupond : Il serait danseur ! Et comme sa maman lui avait dit « tu peux devenir danseur, si tu le veux vraiment mais pour cela, il te faudra être le meilleur ! » Il serait le meilleur danseur du monde ! .
Le chef de bande n’était plus le même. Ses nouveaux copains que personne ne connaissait : Chopin, Beethoven, Mozart … et la compagnie des petites ballerines avec lesquelles il prenait des cours de danse le dimanche. C’est en mettant au défi dans la cour de récréation le chef de la bande rivale de faire un grand écart que le petit Patrick Dupond fit taire les remarques désobligeantes et insultes du genre tapette, tantouze, lavette… Lui le réussit magnifiquement bien ; L’autre le provocateur, se releva en hurlant de douleur ! Grâce au système D que la maman de Patrick mit en place et à « une bonne étoile » dans un pressing de quartier le petit poulbot du quartier populaire de Montparnasse rencontra son « Maître » et qui le demeura toute sa vie, Max Bozzoni, danseur étoile de l’Opéra de Paris. Secrètement, ce « grand Maître » de la danse et les parents de Patrick se donnèrent un an pour préparer chaque jour sauf le dimanche l’enfant de 8 ans à l’examen d’entrée à l’Ecole de danse de l’Opéra. Malgré des pieds trop grands et trop plats et un ventre « énorme », selon Max Bozzoni, celui-ci décela en Patrick un vrai talent. Il refusa que la famille Dupond, gênée financièrement, paye les cours : « Aux autres élèves se sont des cours payants que je dispense. A Patrick, c’est un héritage que je lègue. Il n’y a pas de petite monnaie pour le payer. Gardez votre argent pour lui offrir un beau collant de laine à Noël, il l’appréciera. »

Dans le studio de Max Bozzoni, en 1967, Patrick rencontre Claude Bessy, danseuse étoile qui deviendra deux ans plus tard la directrice de l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris. A 8 ans, il exécute pour elle deux tours en l’air, ce qui est exceptionnel pour un enfant de cet âge. Patrick dira un jour : « ces deux tours en l’air seraient pour longtemps mon sauf-conduit, et une sorte de dédouanement à priori pour toutes mes frasques à venir ». A 9 ans, Patrick fit partie de la distribution d’un ballet au Théâtre d’Aubervilliers intitulé Une fleur sur Vénus, pièce qui prenait place dans un ensemble composé de trois œuvres, dont l’une Liszt était dansé par Claude Bessy et Michael Denard, tous deux étoiles de l’Opéra de Paris. En 1969, grâce à ses deux tours en l’air, il est admis en stage de préparation à l’Ecole de danse malgré les réticences de la directrice Geneviève Guillot qui lança en plein exercice « il est gros ! » Et Claude Bessy de répliquer : « Ouais, mais il est mignon ! ».
Septembre 1969, à 10 ans, après avoir réussi son examen d’entrée, Patrick Dupond devient élève de l’Ecole de danse de l’Opéra de Paris. Chaque soir, quand les élèves, fourbus, rentraient chez eux, après un emploi du temps très chargé de 8h15 jusqu’à 19 heures, Patrick se précipitait à la barre prendre son second cours de danse de la journée au studio de Max Bozzoni. Il a donc commencé à étudier et maîtriser des exercices réservés d’ordinaire à des danseurs aguerris, beaucoup plus âgés que lui.

Lors des résultats de l’examen de la promotion 1970, Patrick était le premier et le meilleur de sa classe mais à la demande de Geneviève Guillot et après intervention de son professeur, Daniel Franck, se voit déclasser en deuxième position pour cause d’insubordination et d’indiscipline notoires. Cela ne l’empêche pas d’être promu et engagé dans la classe supérieure. Claude Bessy prenant la direction de l’Ecole de danse, Patrick Dupond, transi d’admiration pour elle, la choisit comme « petite mère » ou marraine. Elle lui fit savoir qu’en dépit de ses relations avec Max Bozzoni et son statut de marraine, mais aussi, parce qu’elle-même en son temps avait pâti de son propre comportement indiscipliné, elle se montrerait intransigeante et inflexible avec lui. En 1973, à 13 ans, Patrick est bouleversé en voyant dansé Rudolf Noureev dans La Belle au Bois Dormant avec la légendaire Margot Fonteyn. C’est avec l’énergie du désespoir que Patrick réussit son dernier examen avant de devenir danseur professionnel et membre du corps de ballet de l’Opéra en dansant malgré la douleur d’une double fracture du métatarse, qui s’était aggravée pendant le concours.
Devenu professionnel à 15 ans, il ne rejoint le corps de ballet officiellement, qu’en septembre 1975, puisque l’age requis était 16 ans. Il est précédé d’une solide réputation d’emmerdeur. Personnellement, il pencherait plutôt pour celle d’insoumis : la loi faite pour les autres ne lui convient pratiquement jamais.

Roland Petit le choisit pour monter sa Symphonie Fantastique alors qu’il n’est que quadrille stagiaire. Le soir de la première, à 16 ans, il remporte un franc succès quatre jours après son entrée officielle dans le ballet. L’Opéra qui n’a pas l’intention de lui faire brûler les étapes hiérarchiques lui fera payer très cher ! Il s’ennuie dans sa fonction de quadrille qui consiste à se tenir toujours prêt à remplacer au pied levé n’importe quel danseur dans une quelconque production. Il voudrait exploser… Max Bozzoni lui propose de préparer le concours organisé par le Bolchoï à Varna en Bulgarie.

Les précédents lauréats s’appelaient Vassiliev, Barychnikov… Avant de réussir brillamment le concours de Varna en étant consacré le meilleur danseur du monde, catégorie junior, il a dû faire face à la mort de Lucien son beau-père qu’il l’avait avec sa mère, toujours soutenu dans sa vocation.

Le jury du concours à l’unanimité, a décidé de remettre à Patrick Dupond la médaille exceptionnelle des jeunes de Varna et … compte tenu du nombre considérable de ses points par rapport aux autres concurrents, toutes catégories confondues, a décidé de ne pas attribuer de médaille d’argent.

Reconnu, admiré, convoité, bardé de médailles ! C’était le résultat, la récompense de huit années de travail accomplies avec Max Bozzoni et ses professeurs de l’Opéra.
Il allait revenir star à Paris, c’était bien plus qu’il n’avait rêvé. C’était presque trop, un petit mot qui allait désormais qualifier sa vie et lui coller définitivement à la peau. Après Varna, sa carrière « explosa » littéralement. Il pris goût à danser des rôles titres distribués ça et là par des chorégraphes comme Roland Petit, Kenneth Mac Millan, Maurice Béjart, Alvin Ailey, John Neumeier, participa comme acteur à plusieurs films (Dancing Machine de Gilles Béhat avec Alain Delon) et dansa avec Marie-Claude Pietragalla pour la remise des oscars à Hollywood et devint le partenaire de Sylvie Guillem, Marie-Claude Pietragalla, Noëlla Pontois, Monique Loudières…

Patrick, à la demande de Barychnikov, nommé directeur de L’American Ballet Theater, accepte de venir à New-York danser La Bayadère. Cela lui vaudra son licenciement par Rolf Lieberman pour quelques mois…Quelque temps après, Bernard Lefort, nouveau directeur de l’Opéra de Paris lui propose de laisser tomber son contrat d’étoile avec L’American Ballet Theater : Il a l’intention de le nommer étoile à Paris. En 1980, la nomination fut faite devant un parterre d’invités officiels et privés.

Depuis sa petite enfance, il a cherché à cultiver sa différence. D’après lui, un des paradoxes du danseur étoile de l’Opéra, le danseur se bat pour affirmer sa singularité et son talent. Quand, finalement, il accède au sommet après le concours, les embûches, les accidents, les brimades, la douleur, la jalousie, les rejets, on lui demande de se tenir tranquilles et de ne surtout pas la ramener, surtout ne pas penser, ne pas juger par soi même : simplement être planté là, au centre de la scène, voilà qui est pour le moins contradictoire et stupide.

Quand il est directeur du ballet de Nancy, pour la première fois de sa carrière, il ressent l’angoisse, le trac au moment où ses danseurs s’élancent sur la scène alors qu’il n’avait connu pour lui jusqu’à ce jour que la jubilation avant de danser devant un public de spectateurs ou de juges. Il a également le plaisir d’entendre Rudolf Noureev lui demander de l’engager dans sa compagnie et de se retrouver l’employeur et le partenaire du grand Noureev. Quelques années plus tard, Rudolf exigera fermement que Patrick Dupond soit son partenaire à l’Opéra pour danser une dernière fois Le Chant du Compagnon Errant de Maurice Béjart.

En 1990, il succède à Rudolf Noureev comme directeur de la danse de l’Ecole de danse de Paris pendant cinq années. Jusqu’à cette date, c’est l’ascension de Patrick Dupond puis avec son licenciement définitif de l’Opéra viennent les années difficiles (opération, accident de voiture …) et la mort de son père spirituel, de son « maître » Max Bozzoni en 2003.

Mais l’énergie de Patrick Dupond est toujours présente : Comédie musicale, Master Class à Nancy et dans le monde entier, tournage de film… « Que la fête continue ! » dit-il.



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