C ’est l’occasion de filmer la Corse au plus près de ses habitants dans leur cadre de vie, de la cabane du berger, à la margelle de la fontaine, au couteau sorti de la poche du pantalon en velours noir côtelé, couteau avec lequel l’homme va tracer le signe de la croix au revers de la miche de pain, avant de la couper.
C’est aussi l’occasion de filmer la Corse en plan large pour représenter la beauté de ses paysages, mais aussi la solitude du monde rural perdu dans ses montagnes, et la dimension fantastique qu’ils portent en eux… Parfois jusqu’au tragique.
C ertains contes très anciens remontent à la mythologie grecque. Ils sont souvent liés à une forme de genèse avec des rochers dont les formes évoquent un animal ou un personnage (zoomorphe ou anthropomorphe).

L e choix des contes devra restituer toute l’étendue du répertoire, des affaires criminelles aux évènements bizarres : la belle, le berger, le Malin, l’honneur du clan et la Vendetta, les épidémies et les batailles, les trésors cachés, le Mauvais œil, la sorcellerie et l’église, les bandits.
Il y a les énigmes préhistoriques avec des stèles aux inscriptions énigmatiques ; des lieux sacrés liés à des miracles chrétiens, ex-voto, Vierge Noire, miracles et apparitions, Saints guérisseurs, pénitents.

I l y a les illuminés, poètes, rêveurs, alchimistes, mages et astrologues ; le bestiaire fantastique avec les dragons et autres animaux fabuleux ; les créatures merveilleuses fées, lutins farfadets, mais aussi diable, sorciers et fantômes ; les superstitions locales, les croyances et coutumes, les rites de fécondité, de funérailles (les pleureuses) , de guérison.
« Il était une fois dans le petit bois… » car les légendes dérivent de l’âme rurale. Elles sentent le pain noir. Elles sortent directement des troupeaux et des champs : avec un peu de magie, des naïvetés religieuses, des savoirs élémentaires et une dose de poésie. Ces histoires n’auraient jamais existé sans la chèvre, le chien, le jambon qui sèche au grenier, le fromage et le vin qui s’affinent à la cave, le fruit du verger et l’eau si pure qui jaillit à la fontaine. Les objets quotidiens deviennent des symboles, des signes annonciateurs, les gens deviennent des oracles, des fées, des héros tragiques ou romanesques, et les simples lieux : le décor du drame.

L’arbre mort au fond du jardin incarne une menace. La chaise cassée abandonnée depuis l’été dernier évoque la personne qui nous a quittée. La croisée du chemin avec ses murets de pierres assemblées est l’endroit où la belle donnait ses rendez-vous au berger. C’est sur le calvaire dans la montagne que le curé du village entendit les voix qui lui dirent… Le travail de l’image consistera à porter un regard sensible sur les objets inanimés, et les espaces familiers pour en dégager la force évocatrice qu’ils ont en eux.
Ces histoires sont toute l’âme du terroir, et le film s’attachera à restituer ces récits et ces univers par des prises de vues des paysages de la Corse dans les différentes parties de l’île.
Jean-Christophe BALLOT