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SYNOPSIS
Personne ne s'aventure dans les îles du silence, au large du delta du Gange, car c'est le ventre de l'enfer, dit-on à Calcutta. Terrifiés par les féroces tigres mangeurs d'homme, les crocodiles et les cobras, les oubliés de l'archipel des Sundarbans y survivent pourtant.
Avec crevettes et miel pour toute ressource, ils affrontent malaria, paludisme, choléra, tuberculose, cyclones, bêtes sauvages et indifférence. L'un d'entre eux, Mohammed Abdul Wohab, ancien terroriste maoïste devenu avocat après des années de prison, a tout abandonné pour secourir ces parias rejetés de tous, mais son dispensaire ne suffisait pas aux 54 îles, aussi a-t-il organisé des tournées hebdomadaires avec 4 bateaux hôpitaux qui sillonnent inlassablement les eaux du delta pour soigner d'île en île, les plus éprouvés.
A bord de l'un d'eux, le "City of Joy IV", nous partons pour ce stupéfiant périple à travers une jungle de marais étranges et insalubres…
PRESENTATION DU PROJET
'Le ventre de l'enfer', c'est ainsi qu'à Calcutta on a surnommé les Sundarbans, archipel aux 54 îles sans nom pour la plupart, situé au sud du delta du Gange. Ni route, ni électricité, des hameaux aux noms de fléau, faits de maisons de torchis et de paille, des populations oubliées du monde, des marais parfois putrides infestés de serpents, de crocodiles et de tigres mangeurs d'hommes. Les maladies aussi sont courantes, malaria, paludisme, choléra, et surtout tuberculose, pourtant sur place pas un médicament, pas une radio, pas un médecin. Tous refusent d'aller travailler en enfer.
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Le petit dispensaire de Mohammed A. Wohab, ancien terroriste reconvertit dans l'humanitaire, ne suffisait pas à couvrir les besoins médicaux des habitants de ces îles abandonnées. Avec le soutien de Dominique Lapierre, icône de Calcutta et frère spirituel de Mère Teresa depuis 'La Cité de la Joie', il a déployé une énergie magistrale pour créer le S.H.I.S (Association pour l'amélioration sanitaire des Sundarbans) et mettre en place une flottille de 4 bateaux-hôpitaux qui sillonnent régulièrement le delta d'îles en îles, afin de prodiguer les soins d'urgence. |
A. Wohab |
Port de Basanti, 7 heures du matin, le mousse Linton fait retentir la sirène. Le 'City of Joy IV', bateau-hôpital équipé d'une antenne chirurgicale, de frigos pleins de vaccins, et d'appareils de radiographie, prend fièrement le départ pour une grande tournée de 7 jours. A son bord, deux médecins spécialisés, 4 infirmières et les marins de l'équipage. Nous voilà partis en direction de l'île de Gosaba, à des heures de cabotage solitaire où nous croiserons à peine quelques sampans.
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Dispensaire du SHIS à Bangore |
Nous atteignons enfin Gosaba, l'île aux veuves. Les tigres ont dévorés pas mal de maris dans les parages. Les autochtones sont là pour accueillir le bateau et son étrange équipage.
Les malades s'agglutinent, les consultations peuvent commencer. En fin de journée les derniers soins s'achèvent à la lampe à pétrole.
Le lendemain, on repartira tôt pour atteindre une nouvelle île. Chaque journée apportera son lot de surprises.
La fluctuation des marées du delta qui fait varier le niveau d'eau de plusieurs mètres, interdit parfois l'accès à certaines îles.
Sur d'autres îles, il faudra marcher des kilomètres avant d'atteindre les villages, l'aventure sera présente car on ne saura jamais d'avance ce que le destin de chacune de ces îles nous réservera.
A Daspur, nous rencontrerons les descendants des primitifs de l'Inde, peut-être l'exorciste de la tribu des Santhals, ou bien Bina Devi Mondal, qui souffre encore de ses blessures après s'être fait arracher une jambe par un crocodile alors qu'elle pêchait dans l'eau vaseuse jusqu'à la taille.
Elle nous dira qu'elle n'avait pas le choix, ici toutes les femmes le font pour pouvoir nourrir leur famille tandis que les hommes récoltent le miel. Ils s'enfoncent dans la jungle en file indienne et psalmodient des chants en dévotion à Bono Bibi, déesse protectrice des forêts qui tient les tigres à distance. Certains portent un masque coloré à l'arrière de la tête pour effrayer les félins disent-ils, car ils attaquent toujours par derrière.

La semaine s'achève, l'équipe médicale a prodigué ses soins, soulagé un peu de détresse, donné de précieux conseils d'hygiène, enseigné les vertus des plantes médicinales locales, et a opéré quelques cas d'urgence. Notre mission prend fin, nous quittons la dernière île, riches de cette fantastique expérience qui nous a fait découvrir au milieu de tellement de misère le vrai sens de ces mots, courage, dignité, espérance. De retour à Basanti, nous allons contempler le magistral coucher de soleil qui illumine le Gange, en rendant un dernier hommage à toutes ces personnes, soignants et soignés, sans oublier de remercier Bono Bibi qui nous a sûrement protégé de tous les dangers.
L'adversité est grande mais l'homme est encore plus grand que l'adversité.
Rabindranath Tagore
NOTE D’INTENTION DE REALISATION
Un sujet peut en cacher un autre. En travaillant à la préparation d'un documentaire sur la catastrophe chimique de Bhopal, en Inde, j'ai eu la chance inouïe de lier connaissance avec Dominique Lapierre, ancien journaliste et auteur célèbre (Paris brûle-t-il, Cette nuit la liberté, La cité de la joie, Minuit cinq à Bhopal, etc..), connu aussi pour son grand engagement humanitaire en Inde.
Quelque temps auparavant, j'avais découvert dans mes recherches l'étrange tournée de ces 4 bateaux hôpitaux qui sillonnaient l'immense delta du Gange d'île sauvage en île sauvage, grâce à une structure mise en place par l'extraordinaire énergie de cet ancien terroriste, Mohammed Abdul Whoab et grâce aussi à la grande générosité déployée par Monsieur Lapierre pour rendre ce projet viable.
Curieuse, je le questionnai sur la possibilité de participer à cette surprenante aventure. Malgré une politique de visite très restrictive afin de ne pas devenir selon ses dires le 'club med du Gange' il était prêt à m'accueillir.
'Vous êtes la bienvenue pour un grand sujet sur l'un de nos bateaux-hôpitaux, prévenez-moi quand vous partirez pour Calcutta'. J'exultai. J'avais conscience des conditions difficiles d'un tel tournage qui en rebuterait plus d'un, mais étant d'un naturel ni peureux, ni phobique et ayant déjà pas mal crapahuté sur les sentiers d'Asie, je relevai le défi. Quant au sujet, il s'impose de lui-même.
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Village de huttes à Daspur |
Enfants malades de l'île de Daspur |
Tigre du Bengale |
La motivation profonde de ce choix résulte aussi dans l'intérêt que présente un thème comme celui ci. Hormis la mission humaine et médicale de cette flottille humanitaire, qui sera le sujet principal du film, l'aspect ethnologique sera aussi d'une importance certaine.
Il se trouve que dans certaines des îles où nous nous rendrons, avec parfois des kilomètres junglesques de marche sous le cagnard des tropiques pour atteindre les villages, vivent aussi des populations aborigènes et tribales de l'Inde ancienne.
Curieusement, alors que l'archipel des Sundarbans fait partie du patrimoine mondial protégé pour ses 400 derniers tigres du Bengale, pour ses marais de mangrove, sa flore et sa faune tellement diversifiée, ces populations continuent à vivre abandonnées de tous, sans eau ni électricité, dans un dénuement total et sans aucun moyen de communication.
Joli paradoxe qui illustre assez bien l'éclatante contradiction humaine. On protège la faune et la flore mais on néglige l'homme.
Ce film est donc chargé d'une mission particulière envers ces gens qui n'ont rien. Nous rendrons une sorte d'hommage au courage de ces populations autochtones qui n'ont pas d'espérance de futur et dont la préoccupation quotidienne reste simplement réussir à manger sans être mangé.
Il faut une sacrée résistance pour vivre dans ces huttes de paille, où les tigres carnassiers et autres bestioles peu sympathiques peuvent débouler à tout instant pour vous attaquer sournoisement ou vous dévorer, alors que dans ces îles il n'existe aucune structure médicale pour venir au secours ni des blessés, ni des malades.
D'ailleurs quand le pire arrive, c'est à dire la routine, les habitants parlent simplement 'd'accident de tigre' ou 'd'accident de crocodile' comme d'autres chez nous parlent d'accident de voiture.
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Chemin grillagé pour la protection contre les tigres |
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